mardi, septembre 26, 2006

ENNIO FLORIS



L' ami d'un demi-siècle....

Ennio FLORIS, ancien dominicain qui a enseigné à l'Angelicum de Rome avant de quitter le catholicisme et s'est tourné vers le protestantisme....

Chercheur critique pour qui la raison est le fondement de sa démarche intellectuelle. Pour mieux le connaître, se reporter au site : "L'analyse référentielle et archélogique" (http://alain.auger.free.fr), auquel je suis associé.

Nous nous sommes connus en 1956, quand j'étais pasteur de l'Eglise réformée de Bruay-en-Artois (1956-1960) lors d'une session pastorale au Nouvion-en-Thiérache où était alors installé le Centre protestant de rencontres du Nord et où Ennio FLORIS venait d'être nommé Directeur. Puis, quand le Centre protestant de recherche et de rencontre du Nord a été transféré à Lille, j'étais alors pasteur de l'Eglise réformée de Tourcoing (1960-1968) et j'ai collaboré activement avec Ennio FLORIS comme Secrétaire général du Centre. Sur le site donné en référence , on trouvera à la fois des informations sur cette activité d'alors, et aussi des textes actuels qui témoignent de l'évolution de la recherche d'Ennio FLORIS sur "le Jésus de l'histoire" et "le Christ de la foi".
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JESUS DE L'HISTOIRE ET CHRIST DE LA FOI


LES QUATRE EVANGELISTES.
(Rubens)

Si le "Christ", prénommé "Jésus" dans les Evangiles n'est qu'un personnage sacralisé, une "hypostase divine", imaginée par la foi de l'Eglise ancienne, héritière de l'Ancien Testament et de la pensée philosophique grecque, faut-il renoncer définitivement à découvrir "sous le Christ de la foi" le "Jésus de l'histoire" ?

Tous les historiens et les exégètes qui tentèrent, en particulier aux 18ème et au 19ème siècles, de percer ce mystère n'y sont pas parvenus, car tous recherchèrent le "Jésus de l'histoire" (qui n'a laissé de lui-même aucune trace écrite) à partir de l' exégèse des textes évangéliques; c'est-à-dire par l'analyse de la forme de ces récits, de leur expression littéraire et philologique, tout en souhaitant sauvegarder l' autorité des Ecritures.

Une démarche nouvelle permettrait-elle de sortir de l'impasse ?

Ennio FLORIS, auprès duquel j'ai eu le privilège de pénétrer pendant plus de quarante ans les méandres de sa recherche, l'a tentée. Son ouvrage, publié sous le titre "Sous le Christ Jésus" (Flammarion, 1987), fruit d'une longue maturation, a abouti à formuler une méthode inédite d'analyse des récits évangéliques, fondée sur une approche linguistique des textes et sur l' historicisme de Jean-Baptiste VICO (1668-1744), qui présuppose que la nature d'un phénomène est connaissable par sa genèse comme "événement de parole et de culture" (Consulter le site : "L'analyse référentielle et archéologique" - http://alain.auger.free.fr)

Le mythe est le "produit de l'activité métaphorique des hommes à l'âge de leur enfance culturelle". "Pour connaître ce phénomène (le "Jésus du texte") - écrit Ennio FLORIS - et pour résodre le problème qu'il pose, il faut rechercher la structure du langage des Evangiles (page 36). C'est pourquoi, "la foi comme valeûr doit être mise entre parenthèses" (page 36). Il poursuit : "On ne pourra saisir Jésus qu'à travers le mécanisme qui lui a permis, pour ainsi dire, d'entrer dans le discours" (page 38). La démarche d'Ennio FLORIS n'est donc pas exégétique et sémantique, mais référentielle. "Une fois connu ce que le texte dit, la démarche cherche à quoi se réfère le 'dit' du texte (page 38). L'Eglise primitive avait perdu la "mémoire" du "Jésus historique". "Au temps des évangélistes, l'Eglise est séparée de cette parole par une distance historique et culturelle. Pour y accéder, il fallait une médiation par la lecture et l'interprétation" (page 76). L'Eglise dut faire un effort de remémorisation, et son discours s'est constitué au moyen d'un "processus dialectique avec des opposants juifs qui ,sans croire au messianisme de Jésus, le connaissaient assez pour en discuter" (page 86). Paul et les évangélistes n'ont pas eu recours à la mémoire de leur passé, mais à l' "anamnèse", c'est-à-dire à leur mémoire ressuscitée.

Ainsi, le langage des Ecritures est lié à un code qui unit le signe (Jésus) à son signifié (le Christ). Par exemple, dans le récit d'Emmaüs, "les disciples ne voient pas le Ressuscité en personne, mais perçoivent seulement des "signes" par lesquels ils le reconnaissent" (page 75). L'auteur en infère que "puisque les évangélistes ne connaissaient Jésus que par les renseignements qu'ils pouvaient avoir sur lui", ceux-ci constituaient la "substance" du "signe" qu'ils devaient formaliser. "Ainsi, ils recherchèrent dans les informations sur Jésus les énoncés, les expressions, les mots mêmes qui avaient un rapport naturel avec le "Christ des Ecritures". Ils établirent un parallèle entre "Jésus" et "le Christ" par la médiation de deux récits : les "informations" et les "récits messianiques" (page 88). Jésus-Christ devenait ainsi "parole-image" (page 91), se présentant comme "personne historique" quand on voulait le considérer comme un "mythe"; et comme un "personnage mythique" quand on voulait le situer "dans l'histoire" : ce qui explique l'ambiguïté des récits évangéliques qui sont à la fois des "faits mythisés" et des "mythes historicisés"; et non point des "faits historiques".

Comment tenter de parvenir au "Jésus de l'histoire" ? Si cela est devenu impossible par l'exégèse classique, on peut observer à l'intérieur hétérogène des récits évangéliques des "hiatus", des "apories", révélateurs du "Jésus de l'histoire". "Des lambeaux d'information sur Jésus sont juxtaposés à des fragments scripturaires sur le Christ" (page 102). Si les évangiles sont le "tombeau du Christ", comment l'en faire sortir ? Après avoir séparé "le discours sur le Christ emprunté aux Ecritures du discours sur Jésus, propre aux informations" (page 102). Au terme de ce processus, on trouvera "des bribes de paroles, des mots, des énoncés et des trames" (page 104), qu'il conviendra de réinsérer dans le discours dont il faisait partie, à l'image de la "dépose" des fresques qui "permettait de détacher la dernière couche d'enduit, celle qui supporte la peinture, de la première sur laquelle le peintre avait tracé en sépia l'esquisse qui devait lui servir de base" (page 12). Par exemple, dans le texte : "Marie fut trouvée enceinte du Saint-Esprit...", on peut distiguer le "fait" ("Marie fut trouvée enceinte...") de son "interprétation" ("...du Saint-Esprit"). On procédera ensuite à la "reconstitution du discours d'information", à la manière de l'archéologue qui restitue un vase ou une demeure antique à partir des fragments retrouvés et selon les modèles connus.

Ainsi,dans l'énoncé "Marie fut trouvée enceinte", il devient possible "en se fondant sur les écrits anciens, juridiques et mythiques, de reconstituer les péripéties auxquelles était exposée une femme quand elle était trouvée enceinte en- dehors de la légalité. Dénoncée, elle était condamnée à mort... Ainsi, une fois le fait repéré, il est possible d'établir une trame hypothétique sur laquelle reconstituer le récit d'information" (page 109). "Bref - en conclut Ennio FLORIS -, il faut exhumer le "corpus" des informations, les interpréter et reconstituer le discours. Il faut faire sortir "Jésus" du "tombeau des textes" pour le donner à l'histoire. page 115).

A partir du fait historique de l'origine bâtarde de Jésus, Ennio FLORIS dessine le "profil" d'un homme qui, à travers une profonde crise de conscience à l'épreuve du désert, en quête de son identité par une lecture de l'Ancien Testament, découvre dans sa condition de fils bâtard, sa vocation prophétique de purification, mais échoue dans une action surhumaine de délivrance du peuple d'Israël, en butte à l'incompréhension de ses amis et à la haine mortelle de ses ennemis; qui, enfin, pour échapper à sa situation d'homme bâtard, ne put retrouver sa liberté d'homme que lorsque les conditions de sa bâtardise furent accomplies en lui. "La foi en la résurrection qui lui fut propre, lui fit comprendre que la mort était pour lui l'unique chemin de la rencontre avec le Père...Ceux qui, les premiers, le reconnurent comme 'Christ' virent en lui "l'homme qui, ayant donné sa vie pour les autres, fut sauveur par sa mort" (p.219).

Dans le sillage du prophète Osée, Jésus fut le prophète de l'amour, capable de susciter en l'homme l'énergie créatrice d'humanité. Prophète (et non "homme-christ" en qui les hommes seraient appelés à renoncer à leur humanité), c'est-à-dire celui qui annonce et déclare aux hommes que cette "créativité" est cachée au fond d'eux-mêmes à l'état de germe prometteur d'amour et de vie. Prophète qui annonce à l'homme : "Deviens ce que tu portes en toi-même."

Pierre CURIE

dimanche, septembre 24, 2006

FOI ET HISTOIRE


"La foi dans un sens, mais dans un sens caché de l'histoire, est à la fois le courage de croire à une signification profonde de l'histoire la plus tragique, et donc une humeur de confiance et d'abandon au coeur même de la lutte, et un certain refus du système et du fanatisme, un sens de l' "ouvert".

Paul RICOEUR.




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Qu'est-ce que la foi ?

"Je dirai qu'elle est un risque et un pari. En effet, je ne possède jamais toute la perspective de l'histoire; mais si j'ai pris au sérieux les analyses du moment, je procède alors à une prospective fondée sur une option. Alors, je prends un risque et je fais un pari! Je m'engage avec d'autres. Je mobilise ma volonté dans cette prospective, même modifiée dans le devenir historique. Ma "foi" se trouve là où je suis pleinement engagé. Dans ce devenir de moi-même avec les autres, dans cette "transcendance permanente, le "mythe du Christ" manifeste dans l'histoire la plénitude la perspective, c'est-à-dire la "plénitude de l'homme".

Pierre CURIE (Tourcoing, 12 mai 1968)


samedi, septembre 23, 2006

MA FAMILLE CURIE AU 18ème SIECLE (suite)


PIERRE CURIE (1732-1784) Tailleur d'habits et bourgeois de Montbéliard.

De son premier mariage avec Catherine-Elisabeh MONAMI, George CURIE, le Vieux eut deux fils, nés à Etupes: Pierre CURIE, né le 30 àctobre 1732 et Jean-George CURIE, né le 20 octobre 1736.

Pierre CURIE est mon ancêtre à la 7ème génération. Il fut baptisé trois jours après sa naissance au Temple d'Etupes, le 2 novembre de la même année. Son parrain fut son cousin, issu de germain, Pierre BOURGOGNE, fils de Jean BOURGOGNE et d'Anne CURIE. Sa marraine fut sa tante, Catherine-Marguerite BOURGOGNE, femme de Pierre-Nicolas CURIE, boucher à Etupes.

Rappelons l'importance au cours de cette génération, des liens noués entre la famille CURIE et la famille BOURGOGNE; mais aussi ceux avec la famille PECHIN que nous retrouvons davantage au cours des générations des 18ème et 19ème siècles.

Jean-George CURIE, le frère de Pierre, eut pour parrain Jean-George BOURGOGNE, représenté par son père, Jean-Pierre BOURGOGNE.

Pierre CURIE épousa à trente quatre ans, le 24 mai 1766, Suzanne-Marie CUENOT, fille d'un laboureur des Fesches-le-Châtel : Jacques CUENOT et de Marie-Madeleine CALAME. George CURIE le Vieux avait alors soixante six ans, et la mèrede Pierre était déjà morte. Nous savons que si Pierre CURIE (mais aussi son frère Jean-George) se sont mariés à cet âge avancé, c'est qu'ils avaient dû retarder leur mariage pour subvenir matériellement à leur père estropié gravement à la suite d'un accident. Mariés, Pierre CURIE, ainsi que Jean-George son frère, l'ont sans doute assisté jusqu'à la fin de sa vie en 1777.

Pierre CURIE devait décéder à Etupes le 26 janvier 1784 à l'âge de cinquante deux ans, sept ans à peine après la mort de son père. Jusqu'à la mort de George CURIE, le Vieux, Pierre partagea les mêmes événements. Deux ans avant de mourir, il assista le 1er août 1782 à la venu au Château d'Etupes du grand duc PAUL de Russie (le futur Tsar PAUL Ier), accompagné de sa femme, Sophie-Dorothée. Au cours de cette visite, des fêtes se succédèrent jusqu'au départ des hôtes princiers, le 2 septembre 1782.

Comme dans les dernières années de vie de son père, Pierre CURIE a connu jusqu'à sa mort à Etupes la vie animée par la présence au Château de la Cour du stathalder Frédéric-Eugène. Lorsque Pierre CURIE avait cinq ans en 1737, Etupes était un bourg de cent soixante sept habitants. En 1785, un an après sa mort, le bourg avait preque doublé de population et comptait trois cent dix neuf habitants, dont le nombreux personnel du Prince.

Pierre CURIE exerça à Etupes le métier de tailleur d'habits, tout au long de cette période de calme et de restauration de la Principauté de Montbéliard, après la longue crise qui l'avait éprouvée près de cent cinquante ans.

A peine un mois après le mort de Pierre CURIE, un inventaire de sa succession fut dressé par le Greffier du Baillage d'Etupes, Pierre-Emmanuel LODS, le 2 mars 1784 et signé le 4 mars de la même année par Suzanne-Marie CUENOT, sa veuve, et par Jean-Pierre-Nicolas CURIE ( fils de Pierre-Nicolas CURIE, boucher, cousin de Pierre CURIE) le curateur de ses cinq enfants (Anne-Marie, Margueritte, Jean-David, Pierre et Suzanne-Margueritte). Cet inventaire ne mentionne que les biens meubles et immeubles ayant appartenu à Pierre CURIE. Il ne comprend pas ceux que sa femme, Suzanne-Marie CUENOT, avait apportés à la communauté matrimoniale; en particulier ceux que Pierre CURIE avait cédé à sa femme par contrat le 7 août 1766 (environ deux mois et demi après leur mariage), ainsi que ceux qu'elle avait reçus en dot de ses parents. Cet inventaire comprend donc ceux qu'il avait sans doute reçus en héritage de son père George CURIE le Vieux (ces biens-là sont désignés comme "acquis").

D'après le contrat de mariage, signé devant le notaire G.RICHARDOT, le 8 mai 1766, Suzanne-Marie CUENOT, épouse de Pierre CURIE, pourrait en plus de ses biens propres, jouir du tiers des acquisitions faites au cours de leur mariage. elle avait en outre la charge d'administrer la totalité de la succession en qualité de tutrice de ses enfants qui recevaient les "biens anciens" du défunt et une part (sans doute un tiers) des "acquisitions" sous la responsabilité vigilante de leur Curateur, Jean-Pierre-Nicolas CURIE.

Par ailleurs, cet inventaire laisse supposer que les deux frères tailleurs, Pierre et Jean-George CURIE étaient proches voisins. La maison où demeuraient Pierre CURIE et sa famille, devait appartenir pour moitié à Jean-George CURIE. Pierre et Jean-George CURIE avaient-ils mis leurs ressources en communauté ? Surtout, si l'on se souvient qu'ils avaient dû subvenir, au moins depuis 1766, aux besoins de leur père impotent et sans ressources sur la fin de sa vie !

La maison de Pierre CURIE à Etupes semble avoir été mitoyenne de celle de Jean-Pierre-Nicolas CURIE : ce qui expliquerait pourquoi ce dernier fut désigné par la Justice comme Curateur des enfants de Pierre CURIE après sa mort.

De cet inventaire, il ressort aussi que si Pierre CURIE a exercé le métier de tailleur d'habits, lui et sa femme ont été, comme beaucoup, des paysans. En effet, en plus des biens relevant du "stock" laissé par le tailleur d'habits (sous la rubrique "toile, fil, oeuvre, laine, plume et sacs"), l'inventaire mentionne une vingtaine de parcelles de terrain (oiche, prels, champs...), représentant sans doute une superficie de plus d'un hectare et demi, ainsi que du bétail (deux vaches, une génisse, deux cochons, cinq brebis et moutons, deux agneaux, quatre canards, deux poules) et des herbages (foin, regain, paille...) et des outils divers.

Ainsi, Pierre CURIE et sa famille n'étaient pas riches (il n'y avait chez eux ni monnaie d'or et d'argent; ni argenterie et bijoux). Leur train-de-vie dut être sobre et rustique. Cependant, ils durent vivre à l'aise matériellement. La valeur de l'inventaire pour les seuls biens meubles représentait une somme de six cent quatre vingt onze livres et quatorze sols.

A sa mort, à cinquante deux ans, Pierre CURIE n'a laissé aucune dette. Il était même créancier d'une brebis avec son agneau et de trois quartes (une quarte-céréales = environ 19 kgs) de "boige hatif" ("boige" = mélange fait essentiellement de menus grains de printemps : orge, avoine, pois et vesces, semés ensemble). Sa "bibliothèque" se limitait strictement, semble-t-il, à une Bible et à un Psautier, ainsi que deux Nouveaux Testamants pour les enfants.

Quant aux immeubles, ils représentaient essentiellement la maison de Pierre CURIE et de sa famille à Etupes, avec ses annexes : une petite grange et une écurie, ainsi qu'un petit jardin et son verger d'une superficie d'un "coupot" (3 ares 14). La maison semble avoir été constituée d'un rez-de-chaussée, d'un étage et d'un grenier, ainsi que d'une cave, et en prolongement, la grange et l'écurie. Elle semble aussi avoir été en "copropriété" avec son frère Jean-George CURIE. En effet, l'inventaire mentionne : "La moitié d'une maison située au village d'Etupes, consistant dans le poêle et la cuisine au-dessus du rez-de-chaussée,et dont le bas de la dite maison avec l'autre moitié du grenier appartient à George CURIE, tailleur d'habits, frère du défunt, le tout entre Pierre-Nicolas CURIE d'une part et la grange ci-après spécifiée d'autre part, ancien du défunt, et la moitié de la cave du côté du couchant. Une petite grange avec une écurie au bout entre la maison ci-dessus d'une part et George CURIE partage d'autre, bâties pendant la communion sur un chésal du défunt. Un petit jardin et verger contenant environ un coupot entre Pierre-Nicolas CURIE du levant, George CURIE partage du couchant, le fief de la papeterie au midi et Jean VIENOT VURPILLOT au septentrion, ancien du défunt."

Les parcelles de terrain étaient constituées d'une "oiche", d'un "pré" et de seize champs, ainsi que d'une moitié de vigne: en tout, dix neuf quartes et quinze coupots et demi. L'inventaire de ces terrains communs aux deux frères Pierre et Jean-George CURIE fait apparaître huit fois sur dix la mention du nom de George CURIE; ce qui pourrait laisser supposer que ces terrains provenaient soit de leur part d'héritage commun, soit d'acquisitions communes antérieurement à leur mariage. En effet, quatorze terrains portent la mention "ancien du défunt"; un terrain a été agrandi par acquisition; deux terrains ont été acquis et trois autres ont été cédés par la Commune. Plusieurs de ces terrains (le pré, le champ "aux Voivannes", celui "aux Feuilles" et celui "la Voivanne de la Croix") voisinaient les domaines du Prince de Wurtemberg, Frédéric-Eugène. Sans doute, étaient-ils attenants ou proches du Château d'Etupes ? D'autres terrains jouxtaient des propriétés de parents (comme Esaïe CURIE, l'aubergiste, fils du bonnetier Jean-George CURIE et cousin germain de Pierre CURIE), ou des alliés (comme les PECHIN : Jacques, Frédéric et Marc; George BOURGOGNE, Pierre-Abraham GREYS; Joseph JOLY; Jean VIENOT VURPILLIOT et Daniel VURPILLOT) ainsi que des voisins (comme Joseph CHENOT et son fils Jacques); George BOUMI. George PEUGEOT; George VAUTHIER; Jacques MAILLART et Frédéric DORIOT).

Si l'on suppose que la "papeterie" d'Etupes mentionnée dans l'inventaire, jouxtant le jardin et le verger familial,se trouvait selon toute vraisemblance au bord de la rivière, et que certains appartenant à Pierre CURIE voisinaient le Château d'Etupes, il est possible d'imaginer que la maison familiale de Pierre CURIE, le tailleur d'habits, devait se situer entre ce qu'était alors la "Grand'Rue" (ou "Grand Chemin") à hauteur du Château d'Etupes et la rivière Allan, non loin du ruisseau "la Charme" que devait emjamber la "Rue des Prés"...

A ce point de notre généalogie, il paraît intéressant de mentionner les métiers que ma famille CURIE a exercés dans cette région d'Etupes, aux portes de Montbéliard.

Au 17ème siècle, à travers les actes d'état-civil connus, ont été mentionnés principalement la charge de Maître (ou Recteur) d'Ecole : Jean CURIE (3) et Henry CURIE; mais aussi dans les familles alliées aux CURIE (les BOURGOGNE et les KOELIG). Jean BOURGOGNE, marié à Anne CURIE, soeur d'Henry CURIE, exerçait le métier de bonnetier. D'après certaines indications relevées dans le Bulletin Municipal d'Etupes (1968), la famille KOELIG, aussi apparentée aux CURIE, et originaire du Canton de Berne, a possédé une auberge à Etupes. Jean CURIE (2), époux de Suzanne DUVERNOY, était tanneur.

Au 18ème siècle, toujours dans les actes d'état-civil, sont mentionnés pour ma branche familaile entre 1700 et 1750, les métiers suivants: bonnetier (Jean-George CURIE, fils d'Henry CURIE); tailleurs d'habits (Pierre CURIE et Jean-George CURIE, fils de George CURIE le Vieux); boucher (Pierre-Nicolas CURIE, fils d'Henry CURIE); laboureur (Jean-Pierre-Nicolas CURIE, fils de Pierre-Nicolas CURIE). Parmi les familles alliées aux CURIE, on relève aussi les métiers suivants : laboureur (Jacques CUENOT, beau-père de Pierre CURIE, le tailleur); menuisier (Charles-Jérémie GUILLEMOT, beau-père d'Esaïe CURIE, fils de Jean-George CURIE, le bonnetier); aubergiste (Esaïe CURIE).

Ainsi, le commerce et l'artisanat d'une part, l'agriculture d'autre part, semblent avoir été les deux orientations principales suivies par ma famille CURIE. Par ailleurs, presque tous ces CURIE des 17ème et 18ème siècles ont aussi été des "bourgeois de Montbéliard": en particulier, Jean CURIE (3) et Henry CURIE, puis Jean-George CURIE, le bonnetier. Pierre-Nicolas CURIE, son frère, le boucher; Pierre CURIE, le tailleur, fils de George CURIE le Vieux.

Il est possible d'imaginer alors leur vie sociale quotidienne. Depuis le 15ème siècle, en effet, les métiers s'étaient organisés en "corporations" : les "Chonffes", qui regroupaient obligatoirement tous les membres d'une même branche professionnelle; mais tous n'y avaient pas le même statut. Ces corporations fonctionnaient avec des assemblées générales, des cotisations, un budget, un bureau annuel élu..Elles dictaient le "droit du métier". L'ensemble des corporations de métiers comprenaient : les métiers de l'alimentations (boulangers, taverniers, bouchers, etc..); les métiers du bâtiment (charpentiers, maçons, couvreurs,..) les métiers du textile (tisserands, couturiers, chapeliers, ...); les métiers du cuir (tanneurs, cordonniers, pelletiers, foureurs, ...); les métiers du métal (forgerons, serruriers,..) Ils avaient des "sceaux" qui indiquaient à la fois la marque de fabrique et leur personnalité juridique.

A partir de 1723, la vie économique reprit ses droits dans la Principauté: l'artisanat fut l'activité dominante; près des deux tiers des personnes ayant un métier en vivaient; en particulier, les artisans du textile furent de plus en plus nombreux vers la fin du siècle; mais aussi les artisans des cuirs et peaux représentaient les 20% des métiers artisanaux. Cependant, les règlements des "Chonffes" étaient devenus de plus en plus inadaptés, freinant les initiatives et le progrès.

Ainsi, à côté d'une bourgeoisie marchande riche qui était aussi souvent une bourgeoisie administrative, des fonctionnaires anoblis par le Prince et qui avaient accès à la Cour des Châteaux de Montbéliard et d'Etupes, se développait une "classe moyenne", constituée par les maîtres-artisans qui étaient en même temps francs-bourgeois de la cité.

Il semble que ma famlle CURIE, ainsi constituée le plus souvent au cours de ce 18ème siècle par ces artisans d'Etupes et "bourgeois de Montbéliard", se soit trouvée intégrée à cette "classe moyenne", pas très riche, mais relativement à l'aise. Parallèlement, les CURIE qui s'étaient orientés vers l'agriculture (les laboureurs étaient des paysans-propriétaires) durent participer aussi à l'améliorations générale de la vie des paysans de l'époque, en particulier à la suite des nouvelles méthodes de culture, d'ailleurs apportées par les paysans anabaptistes (assolement, engrais, prairies artificielles - trèfle et sainfoin -, pratiques pastorales nouvelles pour l'élevage des bovins).






samedi, août 19, 2006

SOCIOLOGIE ET HERMENEUTIQUE






DE L'OBJET SOCIAL A L'OBJET SOCIOLOGIQUE.

-
L'objet de la sociologie est l'analyse des faits sociaux dans leurs différentes relations pour en saisir les significations. Le "vécu historique" est complexe, polysémique. La sociologie n'est pas seulement descriptive des faits sociaux;elle ne cherche donc pas à établir une "nomenclature", mais à dégager des systèmes structurés. La sociologie consiste à passer de l' "objet social" à l' "objet sociologique".

- L'"objet social" est le "vécu historique". Par exemple : le problème noir aux U.S.A.,; le Mouvement de Mai 68; la condition socio-économique des ouvriers français dans l'entreprise; la situation des travailleurs migrants en Europe et en France; la géo-politique du Moyen-Orient aujourd'hui; le comportement des Protestants réformés français en politique, etc...Il est impossible d'appréhender
directement
ce "vécu historique" par la seule observation et la seule description, à cause de sa complexité.

- L' "objet sociologique" est un "modèle d'analyse", une construction rationnelle, élaborée à partir d'un processus de traits pertinents dans la complexité du "vécu historique", par le choix de "variables". A cet effet, il convient de se donner un certain nombre de "règles", de "critères", caractérisant la "pertinence" du trait.

DE L'INTERPRETATION EN SOCIOLOGIE.

- L'interprétation au niveau des choix intervient de différentes manières: dans la délimitation du domaine de recherche; dans le choix de l'hypothèse de travail et dans celui des variables. Pourquoi délimite-t-on tel domaine plutôt que tel autre ? L''établissement de l'hypothèse de travail se fait en fonction d'un certain univers de représentations. La mise en corrélation des variables est un troisème niveau d'interprétation: pourquoi, en effet, telles variables plutôt que telles autres ? Au niveau de la lecture explicative interviennent soit une théorie sociologique, soit une idéologie, c'est-à-dire une "axiomatique" qui cherche à rendre compte du "vécu historique" dans le domaine délimité.

- Les garde-fous dans l'interprétation des phénomènes sociaux. La rigueur doit s'exercer dans la définition des domaines à analyser et des critères établis pour l'analyse. La validation du "modèle construit" sera le retour au réel dans le domaine délimité. C'est pourquoi, le "modèle", l'"objet sociologique" sera toujours un
outil provisoire
, jamais figé en instrment universel.

LA DOUBLE FONCTION DE LA SOCIOLOGIE.
- La sociologie, image photographique du "réel" à un moment donné ? Peut-on parler d'"objectivité" en sociologie ? Déjà, dans le passage de l'"ojet social" à l'"objet sociologique", du "vécu historique" au "modèle d'analyse", nous avons relevé l'impact de systèmes explicatifs ou de l'idéologie : donc, d'une "interprétation". De plus, dans sa finalité même, la sociologie est "herméneutique".

- La fonction intégratrice de la sociologie vise à interpréter les phénomènes sociaux en vue d'une meilleure adaptation à un système socio-culturel ou socio-éconmique déterminés. Il s'agit d'une "sociologie empirique". Par exemple, la sociologie américaine vise le plus souvent à une meilleure intégration au système socio-culturel américain, et parfois à sa propre justification. Cette influence se fait également sentir en France.

- La fonction "critique" de la sociologie s'exerce à un double niveau : l'analyse sociologique, le "modèle" sociologique qui tend à dégager l'"objet sociologique" de l'"objet social" doit dépasser la simple description "statique", l' "image photographique à un moment donné" pour parvenir à une "prise de conscience". A partir de cette "prise de conscience", la fonction "critique" de la sociologie doit pouvoir provoquer un "changement social".

Pierre Curie



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samedi, août 12, 2006

DOUBLE JEU ?.....



RESOLUTION 1701 DE L'ONU ET INVASION DU LIBAN SUD PAR TSAHAL.

Double jeu d'Israël ? Dans le même temps, Ehud Olmert, premier ministre israélien donne son accord à la résolution de l'O.N.U. pour la cessation immédiate des hostilités au Liban (résolution 1701) et il donne ordre à son armée d'entrer en force au Liban Sud !...

Une fois encore, Israël fait fi des résolutions de l'O.N.U. Avi Pazner, le porte-parole du gouvernement israélien déclare que cette opération ne sera pas limitée dans le temps..

Israël craint-il qu'en cessant les hostilités, il n'avoue l'échec de sa politique et son initiative militaire au Liban, face au Hesbollah ?

Bonnes nouvelles, cependant :
- la presse et la gauche israéliennes sont de plus en plus critiques. "Olmert doit démissionner!", écrit Ari Shavit, éditorialiste du quotidien "Haaretz".

- plusieurs centaines de personnes ont participé jeudi 10 août à une manifestation contre la guerre au Liban devant le Ministère de la Défense à Tel-Aviv.

- le mouvement pacifiste "La Paix maintenant" a dénoncé l'extension de l'offensive et l'enlisement de Tsahal. "Nous ne pouvons plus nous taire et accepter que le pays soit entraîné dans une aventure militaire aussi dangereuse qu'inutile", a affirmé Yariv Oppenheimer, son porte-parole.

- 177 intellectuels juifs français dénoncent "l'offensive meurtrière d'Israël", dans un appel lancé à l'initiative du professeur de médecine Marcel-Francis Khan.

- Rony Brauman, ex-président de Médecins sans frontières, déplore "l'esprit communautaire des Juifs de France se retrouvant systématiquement autour d'Israël.

- l'ancien ambassadeur Stéphane Hessel estime que "c'est à la diaspora de pointer les erreurs du gouvernement israélien".

- l'ancien résistant, Raymond Aubrac craint que juifs et musulmans "deux communautés vulnérables" s'affrontent, chacun pensant défendre Israël et la Palestine ou le Liban. Il redoute aussi une poussée du sentiment "judéophobe" en France.

samedi, août 05, 2006

GAZA L'INSOUMISE, LA RESISTANTE.....

TEMOIGNAGE D'UNE JOURNALISTE FRANCAISE QUI REVIENT DE GAZA.....

"Ce mail pour témoigner de ces hommes et de ces femmes debout, qui résistent pour leurs droits et leur liberté; de ces militants qui continuent, eh oui! à se battre pour un Etat laïque, libre et démocratique sur toute la Palestine.

"Bien sûr, les armes circulent un peu trop parfois ici aussi. Et certains en usent parfois à tort, un peu vite, comme un antidote à ce refus qu'on oppose à la dignité. Et pourquoi diable, dans cette grande prison fermée à double tour depuis plus de six ans, les hommes seraient-ils plus forts que partout ailleurs dans le monde ?

"Et dans ce cas, je veux vous dire mon angoisse ce mercredi après-midi où, cinq heures durant, l'armée a bombardé un camp de réfugiés désarmés au rythme de chaque fois trois minutes. "Qu'ils finissent leur travail mais que cessent ces détonations", me suis-je surprise honteusement à penser, tout simplement parce que nul, nul jamais ne peut s'habituer à la mort qui rôde.

"Terroriser pour détruire toute résistance. Terroriser pour mieux soumettre; pour réduire la lutte de tout un peuple pour ses droits à un cas humanitaire...", m'a expliqué alors un ami. J'étais déjà passée aux travaux pratiques de cette humiliation.

"Bien sûr, je pourrais évoquer aussi les rumeurs qui vont bon train sur d'autres armes dont personne ne peut définir avec certitude la nature, si ce n'est qu'elles laissent à terre des corps mutilés, des bras arrachés, des jambes déchiquetées, des têtes décapitées.

"Je pourrais aussi m'attarder sur cette eau qui ne coule plus au robinet, ou si âpre que, même sous 40°C, on préfère ne plus boire. Ou encore, cette électricité qui se fait rare, et avec elle le droit le plus élémentaire de se soigner, de tout simplement cuisiner.

"Toujours cette bonne vieille méthode, il est vrai, à réduire l'Autre à moins que rien pour qu'il se rende. Sur cette peur qui a croisé plus d'une fois mon regard qui cherchait pourtant à être rassuré, je devrais dire quelques mots. Mais c'est d'autre chose dont j'aimerais vous faire part : de cette existence militante à Gaza qui ne compte pas ses heures pour imaginer un combat qui se conjugue aussi avec démocratie sociale. De ces psychologues, de ces médecins, de ces animateurs qui se démènent pour accompagner les enfants dans le monde qui doit être le leur : celui du rêve, du théâtre et de la chanson... De ces poètes, de ces commerçants, de ces musiciens, ces chauffeurs de taxi, ces intellectuels qui, vaille que vaille, continuent de se lever chaque matin pour que Gaza fasse société.

"Vivre. Vivre pour obtenir enfin justice.

"Et puis, il y a encore ces instants volés sur les plages de la Méditerranée où, au coucher du soleil, des familles font la nique à la mort, alors que naviguent à vue des bâtiments militaires; cette douceur de vivre toute orientale où les hommes se retrouvent à la nuit tombée autour des chichas comme pour mieux étouffer le bruit des avions de combat.

"Gaza autrement. Gaza dans toute son humanité que la puissance occupante a tant besoin de lui dénier pour éviter de regarder l'ampleur de ses propres crimes. Gaza l'insoumise, la résistante; celle de plus d'un million et demi d'hommes et de femmes étranglés par soixante ans d'occupation qui, à la pulsion de mort des militaires qui l'assiègent, répondent par une extraordinaire force de vie.

"Rien de plus qu'une leçon de résistance et d'humanité.

"Qui peut croire sérieusement que Gaza 2006 est le prix qu'un peuple doit payer pour la libération d'un soldat ? Qui, sincèrement, sérieusement ? Ce soldat n'est qu'un prisonnier de guerre contre des milliers de Palestiniens qui pourrissent dans les geôles israéliennes, rien de plus. Et cette opération n'a qu'une fonction : détruire le rêve d'une Palestine enfin libérée.

"Toute mon amitié.

"Martine."

in "Politis" du 27 juillet 2006. Extraits du "Bloc-Notes" de Bernard Langlois ("Pas beau, la guerre!")

lundi, juillet 31, 2006

MA FAMILLE CURIE AU 18ème SIECLE (suite)

Avec les enfants d'Henry CURIE et de Catherine BOURGOGNE, nous entrons dans le 18ème siècle. En France, Louis XIV vivait ses dernières années, les quinze dernières années d'un règne de soixante douze ans! Louis XV devait lui succéder de 1715 à 1774; puis Louis XVI de 1774 à 1792; enfin, ce fut la Révolution française et la 1ère République. Au cours de cette même période, dans la Principauté de Montbéliard, le règne de Léopold Eberhard fut suivi de 1723 à 1793 (date de l'annexion de la Principauté à la France Conventionnelle) des trois princes qui ne résidèrent pas dans le Pays : Eberhardt Louis (1723-1733), Charles-Alexandre (1733-1737) et Charles-Eugène (1737-1793). A partir de 1769, le frère de ce dernier, Frédéric-Eugène, devait s'installer avec sa famille et sa petite Cour au Château d'Etupes qui allait être construit par ses soins en 1770.

Qu'étaient devenus les sept enfants connus d'Henry CURIE et de Catherine BOURGOGNE au moment où eut lieu le dernier dénombrement d'Etupes de 1725 ? Henry CURIE et sa femme avaient alors une soixantaine d'années et avaient encore de trois à huit ans à vivre. Lui était Recteur d'école, exerçait une activité rurale et, sans doute aussi, avait une responsabilité à la Mairie du village.

A cette époque, ils avaient perdu en bas-âge depuis neuf ans leur fille, Catherine; Jean-Pierre avait vingt neuf ans et devait mourir trois ans plus tard, le 25 juin 1728. Etait-il marié ? Pierre-Nicolas, le boucher, bourgeois de Montbéliard, avait vingt sept ans et devait épouser, le 31 octobre 1730, Catherine-Marguerite BOURGOGNE, alors âgée de vingt deux ans. Ils eurent, eux-mêmes, trois enfants : Catherine-Elisabeth, née le 16 janvier 1637 et décédée le 30 août 1773, épousa Jacques CUENOT, le 19 février 1754; Pierre-Nicolas, né le 21 mars 1741, et Jean-Pierre-Nicolas, né le 23 janvier 1747, fut laboureur et épousa avec une dispense sa cousine germaine Elisabeth-Léopoldine BOURGOGNE. Pierre-Nicolas CURIEétait également en 1740 juré à la Mairie d'Etupes, le maire étant à cette époque Jean-George PECHIN.

Un quatrième enfant d'Henry CURIE, George (qui fut mon ancêtre au 18ème siècle) avait vingt cinq ans; il devait épouser six ans plus tard, le 6 novembre 1731, celle qui fut mon ancêtre en lignée maternelle, Catherine-Elisabeth MONAMI. Enfin Anne-Catherine était encore une toute jeune fille de seize ans.

George CURIE, dit le Vieux (1700-1777)

Il fut mon ancêtre au 18ème siècle. Nous ne possédons que peu d'informations sur sa longue existence, étalée tout au long des règnes des quatre derniers Princes de Montbéliard: pendant vingt trois ans, sous celui de Léopold-Eberhard et les seize années de règne des trois derniers Princes avant la Révolution française (que George CURIE n'a pas connue). Pendant plus de la moitié de son existence (entre 1723 et 1777), la Principauté de Montbéliard traversa une période de calme relatif et de renouveau dans les domaines ecclésiastique, démographique et économique.

Tout enfant, il dut connaître, vers l'âge de neuf ans, la crise alimentaire de 1709 avec son alternance de gels et de dégels; la famine qui rebondit avec virulence, quatre ans plus tard, entre 1713 et 1714.

George CURIE épousa à Etupes, le 6 novembre 1731, Catherine-Elisabeth MONAMI. Nous retrouvons une MONAMI au 17ème siècle, Clémence MONAMI qui fut la marraine de Catherine CURIE, née le 3 septembre 1602 à Montbéliard, fille de Jean CURIE (premier du nom), le cordonnier, et de Thienne PAILLET, - et soeur de Jean CURIE (deuxième du nom), le tanneur et second mari de Suzanne DUVERNOY. Les MONAMI ont donc aussi été l'une des nombreuses familles qui ont gravit autour de la famille CURIE.

Sans doute, le cercle des familles, à cette époque, pris dans un réseau endogamique très serré, était particulièrment restreint. On dit que le Pays de Montbéliard était le "pays des cousins". Il suffit de se rappeler qu'en 1709, le village d'Etupes comprenait cent soixante six habitants, et en 1725, deux cent vingt trois, parmi lesquels vingt trois Anabaptistes réfugiés, venant d'Alsace et quarante enfants scolarisés. Avec une moyenne de cinq personnes par famille, cette population ne représentait donc pas plus de trente cinq à quarante cinq foyers !

De ce premier mariage avec Catherine-Elisabeth MONAMI, George CURIE eut deux garçons : Pierre CURIE, né le 30 octobre 1732 (qui fut de mon ascendance familiale) et Jean-George CURIE, né le 2O octobre 1736.

Catherine-Elisabeth MONAMI mourut à Etupes le 26 février 1744. Au cours des années de son premier mariage entre 1731 et 1744, George CURIE a connu une nouvelle occupation du Comté de Montbéliard, de 1734 à 1736, par les troupes du roi de France Louis XV. A cette occasion ,les trois Corps du Magistrat, ainsi que le Conseil de Régence - mais aussi les pasteurs et tous les maires et les échevins des communes rurales durent prêter serment de fidélité à Louis XV qui, par "lettres patentes", plaça le Comté de Montbéliard sous le ressort du Parlement catholique de Franche-Comté.

En 1735, le Conseil de Régence et le Tribunal de prévôté de Montbéliard furent supprimé et remplacés par un baillage royal. Le culte protestant ne fut pas interdit, mais, à leur mort, les pasteurs ne furent pas remplacés.

Les lieux conquis et confisqués ne furent restitués qu'après les préliminaires de la paix de Vienne, le 30 octobre 1735. Montbéliard fut alors évacuée et l'ancien Conseil de Régence réinstallé le 9 avril 1736. Toutefois, le traité de paix, signé à Vienne entre la France et l'Empire, le 18 novembre 1738, n'élimina pas de nouveaux actes d'intolérance de Louis XV dans plusieurs lieux du Comté, notamment en 1740 et 1741, dans les Seigneuries d'Héricourt et de Blamont, et dans les terres du Châtelot et de Clémont.

A quoi vinrent s'ajouter, d'abord en octobre 1740, des chutes de neige si abondantes que les récoltes (légumes, fruits et vignes) furent gravement endommagées; puis en décembre de la même année, par de graves inondations.

Quelques mois après la mort de première femme, George CURIE épousa, le 7 juillet 1744 en secondes noces, Elisabeth VURPILLOT. On relève que le 22 mai 1671, le Conseil de Régence de Montbéliard donna à un Jean VURPILLOT d'Autechaux, l'autorisation de construire une papeterie à Meslières dans la Seigneurie de Blamont. Etait-il un ancêtre d'Elisabth VURPILLOT ? Quelques soixante treize années plus tard, le 7 novembre 1744, nous retrouvons cette famille VURPILLOT, lors de la naissance de Jean-David CURIE, fils de Pierre CURIE, tailleur d'habits et petit-fils de George CURIE, le Vieux. En effet, sa marraine, une Françoise VURPILLOT, fille de Jean VIENOT-VURPILLOT, est la soeur de'Elisabeth VURPILLOT (L'inventaire des biens d'Elisabeth VURPILLOT le confirme).

Six mois plus tard, le 17 janvier 1745, le notaire, Jean-Frédérich DUVERNOY procéda, à sa demande, à l'inventaire des biens meubles et immeubles d'Elisabeth VURPILLOT, "femme otorisée de George CURIE d'Etupes".Le 30 janvier 1745, "George CURIE et Elisabeth VURPILLOT, mari et femme, comparurent devant le notaire pour confirmer que ces biens étaient la propriété d'Elisabeth VURPILLOT qui "les a mis et conféré en la communion de son mari en temps de leur mariage et qu'à l'égard des meubles et effets propres dudit CURIE ils se trouvent déjà portés dans l'inventaire des biens de la succession d'Elisabeth-Christine MONAMI, sa première femme, et pour ce qui est des immeubles le dit CURIE n'a pas trouvé à propos de les insérer au présent inventaire attendu qu'une partie vient incontestablement de sa première femme". (A ce jour, nous ne possédons pas l'inventaire de la succession de la première femme de George CURIE).

Le 26 octobre 1750, fut réalisé "en conséquence des ordres du noble Conseil de Régence établi pour so n Altesse Sérénissime de Montbéliard" et "assisté du maire du lieu (Etupes) avec plusieurs particuliers" l'inventaire des vignes d'Etupes. George CURIE, qui avait alors cinquante ans, était veuf depuis six ans de sa première femme et il était remarié à Elisabeth VURPILLOT. Ses deux enfants de son premier mariage vivaient au foyerr : Pierre avait dix-huit ans et Jean-George quatorze ans. George CURIE a--t-il eu des enfants de son second mariage ?

Cet "état des vignes d'Etupes" de 1750 nous fournit quelques informations sur les biens de la famille CURIE et alliés, à cette date : Anne CURIE, soeur d'Henry CURIE, alors veuve de Jean BOURGOGNE, le bonnetier, possédait à Etupes une vigne d'un "coupot" (environ 3 ares 14), cultivée en partie comme jardin. Pierre BOURGOGNE, le Vieux, beau-frère d'Anne CURIE, possédait un demi-coupot inculte. Pierre-Nicolas CURIE, le boucher, fils d'Henry CURIE, possédait un "coupot", planté en partie d'arbres. George CURIE y avait un "coupot" planté en partie d'arbres. Enfin, George VURPILLOT, vraisemblablement le frère d'Elisabeth VURPILLOT et de Françoise VURPILLOT, y possédait trois "coupots", plantés en partie d'arbres.

Par une requête qu'il avait présentée le 20 avril 1766 à "Messieurs les Maires et Neuf Bourgeois jujrés de la ville de Montbéliard", nous savons que George CURIE, le Vieux, était "bourgeois forain", c'est-à-dire ne résidant pas à Montbéliard. Ce document nous apprend aussi que, vers l'âge de soixante ans, il eut un grave accident; il fit une chute qu le laissa "estropié et hors d'état de pouvoir gagner sa vie avec deux garçons qui lui avait été laissé orphelin de leur mère, dans un âge assez tendre, cependant ayant avec le secours de la providence les élevés chrétiennement et leur apprendre chacun une profession..."

Ce document laisse entendre clairement que les deux frères Pierre et Jean-George, qui avaient respectivement à cette époque trente quatre et trente ans, et qui étaient "tailleurs d'habits" à Etupes, retardèrent leurs mariages pour venir en aide matériellement à leur père. "Ils sont encore tous deux actuellement dans le célibat..." En effet, Pierre CURIE (mon ancêtre) devait se marier un mois plus tard, le 24 mai 1766.

George CURIE, le Vieux, qui avait déjà obtenu d'autres remises d'impôts ("comme dès le malheur du suppliant, il a toujours plu à votre Bourgeoisie d'exempter par charité le suppliant des droit de non-résidence et d'autres droits imposés par votre Bourgeoisie") supplie les autorités montbéliardaises de l'exempter définitivement de ces droits jusqu'au moment où ses deux fils, une fois installés chacun à leur compte, pourront à nouveau s'en acquitter, sous peine de perdre alors les avantages de leur statut de "bourgeois de Montbéliard". "...Lors que ses deux fils auront formé leurs économies séparées, ils seront obligés de payer ou de renoncer à leur droit de Bourgeoisie..."

Ainsi, George CURIE, le Vieux, semble avoir connu, au moins dans les quinze dernières années de sa vie, sinon la misère, du moins des jours difficiles avec peu de biens et complètement dépendant.

A l'âge de soixante dix ans, George CURIE, le Vieux, a néanmoins assisté à la contructiion du Château d'Etupes. Au cours des sept dernières années de son existence, a-t-il alors reçu des échos de la petite Cour du Prince Frédéric-Eugène ? Ce Château d'Etupes, construit en 1770, qui devait être abandonné vingt et un ans plus tard (puis qui fut détruit), reçut les plus grands noms du Wurtemberg, des hôtes princiers, dont le futur Tsar PAUL Ier, qui épousa en 1776, la fille du Prince de Montbéliard, Sophie-Dorothée, qui avait passé ses années de jeunesse à Etupes. Le Château d'Etupes vit passer aussi d'anciens soldats, do nt le père de Geeorge CUVIER, des bourgeois, de jeunes officiers français en garnison à Belfort, le fabuliste FLORIAN, etc....

Pourtant, George CURIE, le Vieux, qui mourut à Etupes le 21 août 1777, dut-il vivre assez loin - sinon géographiquement - de ces fastes princiers !...

dimanche, juillet 30, 2006

"NOCES" TRAGIQUES A CANA....


A CANA, LA CROIX ROUGE EXTRAIT DES CORPS DES DECOMBRES .....





Décidemment, encore quelques jours, quelques centaines de morts et quelques milliers de maisons détruites par TSAHAL au Liban, et il ne sera pas exagéré de parler de "crimes contre l'humanité" par ISRAEL.

IL FAUT CESSER IMMEDIATEMENT CETTE BOUCHERIE...Quelle disproportion entre deux soldats israéliens enlevés et cette riposte IMBECILE !

Lundi, on parlera à l'ONU d'une force internationale à envoyer au Sud Liban! Mais quelle ambiguité ! Le sens que les Américains et Tony Blair sous-entend et le sens proposé par la France et la nations europénnes ne sont pas de même nature! Dans quel sens ira le rapport des forces à l'ONU, compte-tenu des "conditions exigées" par G.W.Bush ? Gare au piège dans lequel les Américains veulent nous enfermer!

vendredi, juillet 28, 2006

CYNISME ET HYPOCRISIE.....


Je suis atterré par le cynisme du gouvernement israélien et de ses militaires qui profitant de la reculade des Nations européennes à la Conférence internationale de Rome sous le diktat de G.W Bush, se croient autorisés à poursuivre et à intensifier la destruction du Liban! Quelle hypocrisie !
Quand donc tireront-ils les leçons de l'Histoire du Vietnam à l'Algérie pour comprendre, enfin, que la "bonne conscience" des puissants ne mène qu'à l'échec... ou à la négociation ?

Le peuple "élu de Dieu" se croit-il à ce point "protégé" et "intouchable" pour décider d'autorité à qui donner l'autorisation de se déplacer ou de prononcer des interdits ? Alors qu'il n'est qu' une nation comme les autres, soumise aux mêmes obligations de respect et d'humanité.

mercredi, juillet 19, 2006

Paix au Moyen-Orient le COE demande l'arrêt des violences, la protection des c

 

Paix au Moyen-Orient : le COE demande l'arrêt des violences, la protection des civils et la fin des discours bellicistes

Le nouveau déferlement de violence au Moyen-Orient suscite l'inquiétude dans le monde entier, toutes les parties doivent arrêter les confrontations violentes et garantir la protection des populations civiles - tels sont les termes d'un appel lancé aujourd'hui par le Conseil œcuménique des Eglises (COE).

"Le COE demande fermement à toutes les parties de stopper sans délai l'escalade du conflit, de faire marche arrière et d'arrêter d'utiliser un discours belliciste" dit le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du COE, dans une déclaration en date du 13 juillet.

Cette déclaration se situe dans un contexte de rapide escalade du conflit armé dans cette région à la suite d'une journée marquée par des attaques militaires israéliennes visant des objectifs libanais, des attentats contre les forces armées et des villes israéliennes, et plusieurs semaines de conflit violent à Gaza.

"Nous insistons absolument et fermement - dit cette déclaration - sur la nécessité, pour toutes les parties, de protéger les civils, libanais, israéliens, palestiniens, conformément au droit international. Nous demandons qu'il soit mis fin aux actions violentes, nous les condamnons, y compris la destruction des routes, des ponts, des pistes d'aéroports, ainsi que le blocus maritime du Liban, blocus qui existe également à Gaza."

La déclaration souligne que le respect du droit international est "la solution majeure pour échapper au cycle des incursions, des actions d'occupation, des contre-attaques violentes et de l'inertie internationale qui menacent à nouveau aujourd'hui le Moyen-Orient."

Et le texte reprend les récents appels du COE en faveur de négociations équitables entre israéliens et palestiniens à propos de Gaza ainsi que de la situation en général.

Texte intégral de la déclaration à propos de l'escalade du conflit entre Israël et le Liban: http://www.oikoumene.org/fr/documentacion/documents/general-secretary/messages-and-pastoral-letters/13-07-06-conflict-between-israel-and-lebanon.html

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 13 juillet 2007


Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org

dimanche, juillet 16, 2006

Fw: Témoignage du Liban reç u ce jour.

 
----- Original Message -----
To: *erf
Sent: Sunday, July 16, 2006 12:51 AM
Subject: FW: Témoignage du Liban reç u ce jour.



------ Message transféré
De : Action Chrétienne en Orient <aco@diatem.net>
Date : Sat, 15 Jul 2006 18:20:06 +0200
À : aco <aco@diatem.net>
Objet : Témoignage du Liban reçu ce jour.

Guerre au Liban. Le silence de la conscience humaine.

Que répondre à ma fille de 7 ans quand elle est terrifiée par les nouvelles et les images montrant la destruction de ponts tout proches que nous avons traversés il y a juste une heure ? Ou montrant notre unique aéroport détruit et en train de brûler, alors qu’elle y avait couru pleine de joie il y a juste quelques semaines ? Et que lui dire quand une seule roquette détruit non seulement une maison mais aussi les onze personnes qui l’habitaient ? Que lui dire quand un enfant de deux ans est littéralement coupé en deux dans un autre vicieux bombardement aérien ?
J’aurais aimé ne rien dire du tout, mais il me fallait répondre à son anxiété. Je lui ai dit de ne pas trop s’en faire, que c’était l’affaire de juste quelques jours. Je pensais à la réunion imminente du Conseil de sécurité de l’ONU. J’étais optimiste : il allait mettre fin à ce conflit sans équivoque et disproportionné. Je pensais aux grandes nations membres de ce Conseil, à leur riche héritage culturel, à leurs grandes réalisations humaines, à leur souci humanitaire.
J’ai été choqué, très choqué, profondément attristé et terriblement déçu quand le Conseil n’a rien décidé. Même pas une résolution symbolique pour condamner et arrêter la tuerie d’innocents au Liban. On nous a dit qu’il fallait des jours au Conseil pour réfléchir. Je me demande quel genre de réflexion est nécessaire quand une centrale électrique est détruite, quand une voiture de civils qui essayent de se mettre à l’abri est visée, et quand des enfants terrifiés crient toute la nuit parce que les bombes tombent dans leur voisinage. Je me demande si ces membres ont vécu les tragédies des conflits dans les Balkans, au Soudan, au Rwanda et ailleurs.
Je ne m’intéresse pas beaucoup à la politique mais suis perplexe devant le silence de la conscience humaine. Je n’en attends pas moins qu’elle finisse par se réveiller. Je suis encouragé par la capacité de l’Église chrétienne dans le monde entier à parler de la paix et à organiser des séminaires sur la gestion des conflits, mais déçu par son incapacité à travailler pour une paix réelle et juste, en particulier dans le conflit arabo-israélien. En même temps je suis encouragé parce que beaucoup de frères et sœurs chrétiens sont préoccupés par notre situation au Liban. Ils prient et nous encouragent malgré leur incapacité à influencer leurs gouvernements.
Nous habitons dans la partie ouest de la Beqaa, et avons été engagés ces 16 dernières années dans un travail l’éducation à la paix et à la tolérance avec des centaines d’élèves et leurs familles, aux appartenances religieuses multiples. Maintenant nous faisons à nouveau l’expérience de la haine et de la guerre. Au moment où j’écris ces lignes, j’entends la chasse israélienne bombarder un pont et quelques routes tout près d’ici, tuant plusieurs civils qui se trouvaient juste là. Nous sommes presque complètement isolés puisque la plupart des routes menant à d’autres villages ou villes sont détruites. Notre peur, c’est que dans quelques jours la nourriture, l’essence, les médicaments… se fassent rares à mesure que la situation va empirer et que le blocus par mer, terre et air va se poursuivre.
Que dire alors à ma fille ? -« Ma fille, prions encore, pas seulement pour la paix mais aussi pour que la conscience humaine se réveille».
Merci de vous joindre à une telle prière.
Pasteur Riad Kassis, 15 juillet 2006 à 15h 46.
_____________
Traduit par : Action Chrétienne en Orient, 7 rue du Général Offenstein, 67100 Strasbourg.
Le Dr Riad Kassis a enseigné cette année l’Ancien Testament à la Faculté de théologie protestante de Beyrouth. Il est directeur d’une école avec centre de formation et internat dans la Bekaa.
 
 


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dimanche, juillet 09, 2006

IL Y A 58 ANS......



le 9 juillet 1948, à Liévin (Pas-de-Calais)
Jacqueline et Pierre prirent la route ensemble jusqu'à aujourd'hui.

Confiants, ils ont cheminé dans l'espérance d'évangile (= bonne nouvelle) d'un monde juste et pacifié...Ce ne fut pas sans effort et sans risque. Ils partirent à deux, bientôt (1949) à trois (Françoise) Beaucoup plus tard, à cinq : leurs petites filles (Ondine en 1973 et Florence en 1978); encore beaucoup plus tard à neuf : leurs arrière-petits-enfants (Adam en 1999 et Yona en 2001 - Solal en 2001 et Milan en 2003).

En chemin, ils s'attachèrent des amis fidèles et généreux; mais trouvèrent aussi de rudes adversaires déterminés à leur barrer la route. Ils poursuivirent néanmoins, souvent grâce à des interventions inattendues.

Après cinquante huit ans de cheminement, l'usure du temps, comme à quiconque, leur a laissé ses marques.Même si, désormais, s'approche le bout de la route, ils conservent l'espérance que, pour ceux qui les suivent, la voie demeure ouverte et libre!


DIALOGUE UTOPIQUE DU "JE" AVEC SON "INCONSCIENT".

-- Le "JE" : J'ai fait un rêve....
-- Son "INCONSCIENT" : Tu évoques le "Moi" de ton désir...
-- Le "JE" : J'ai rêvé que j'avais vingt ans....

-- Son "INCONSCIENT" : ...le projet de ton désir ...
-- Le "JE" : J'avais vingt ans, et je rêvais de ma vieillesse !
-- Son "INCONSCIENT" : ... et de ton futur inachevé !
-- Le "JE" : Jeunesse... Vieillesse !Irréversible, le fleuve du temps coule vers le terme inaccompli de son projet. "PANTA REI" ("toutes choses s'écoulent") , déclare le philosophe.
-- Son "INCONSCIENT" : Mais la "durée" pérennise ton être..
-- Le "JE" : Jeunesse....Vieillesse, mon temps ! C'est beau la VIE ! ...




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samedi, juillet 08, 2006

Libération - La circulaire Sarkozy «soixante ans après Vichy»

Pierre Curie vous conseille de lire un article de Libération.fr.
Soyons vigilants!.... Pierre Curie


La circulaire Sarkozy «soixante ans après Vichy»



Si le lien ne s'ouvre pas, copiez l'url :
http://www.liberation.fr/opinions/courrier/192196.FR.php
dans la barre d'adresse de votre navigateur.


vendredi, juillet 07, 2006

MA FAMILLE CURIE AU 17ème-18ème SIECLE (suite)

Henry CURIE (1665-1728/1733)

Henry CURIE, troisième enfant de Jean CURIE (3ème du nom) et de Suzanne COLIN, serait né à Montbéliard, le 18 décembre 1665, sous le règne du duc GEORGE II de Montbéliard. Nous ne possédons pas son acte de décès à Etupes, mais plusieurs indices donnent à penser qu'il serait décédé entre 1728 (date à laquelle il a signé avec Pierre BOURGOGNE, son beau-frère, les "Règles de la Communauté d'Etupes) et 1733 (date du décès de son épouse de son épouse, Catherine BOURGOGNE).

Il épousa, très vraisemblablement à Etupes, vers l'âge de vingt huit ans (aux alentours de 1693), Catherine BOURGOGNE, née entre 1665 et 1667. Ils eurent au moins sept enfants, nés à Etupes entre 1694 et 1708 : Marie CURIE, née vers 1694; Jean-Pierre CURIE, né vers 1696 et décédé avant 1769; Pierre-Nicolas CURIE, né vers 1698. Ce dernier enfant, bourgeois de Montbéliard, était boucher et il avait épousé, le 30 octobre 1730, Catherine-Marguerite BOURGOGNE (1708-1780); George CURIE, ancêtre de ma branche familiale au 18ème siècle, serait né en 170O ou 1701; Catherine CURIE, née le 19 août 1704, est décédée onze jours après sa naissance, le 31 août 1704; Jean-George CURIE, né le 3 août 1706, est décédé le 20 décembre 1782. Il épousa Catherine-Elisabeth RUET (1709-1773); il fut bourgeois de Montbéliard et bonnetier à Etupes; Anne-Catherine CURIE (27 décembre 1708-5 mai 1748), qui eut pour "parrain" Pierre DUVERNOY, fils de Jean DUVERNOY, pasteur à Etupes de 1704 à sa mort en 1727; et pour "marraine" Anne-Catherine BOURGOGNE, fille de Pierre BOURGOGNE jeune et d'Anne CURIE, soeur d'Henry CURIE.

Ainsi, pour la première fois, apparaît cette famille BOURGOGNE qui s'est trouvée au coeur d'un tissu serré de relations de parenté et de parrainages avec ma famille CURIE d'Etupes, tout au long du 18ème siècle.

Qui était cette famille BOURGOGNE ? L'étymologie du nom laisse supposer qu'elle était originaire du Comté de Bourgogne. En effet, Jehan de BOURGOGNE (d'Etupes) est devenu Jehan BOURGOGNE; au nom de la province fut accolé celui de baptême. Cette famille BOURGOGNE serait-elle aussi l'une de ces familles réfugiées au Pays de Montbéliard, après avoir échappé à l'interdiction d'être protestant réformé et à la persécution catholique dans le Comté de Bourgogne ?

En tout cas, l'ensemble de ces relations de parenté et de parrainages permet d'avancer avec une grande vraisemblance que vers 1650-1660 résidaient dans la région d'Etupes au moins quatre frères et soeur BOURGOGNE : Jean, Pierre, Catherine et George, qui se sont trouvés liés à la famille CURIE, installée dans la région et venue de Montbéliard. Deux d'entre eux ont été directement apparentés dans un "mariage croisé" : Catherine BOURGOGNE épousa Henry CURIE; et Jean BOURGOGNE, qui était bonnetier, épousa à Etupes Anne CURIE, soeur d'Henry CURIE, le 25 octobre 1707. Les deux autres frères BOURGOGNE furent Pierre, qui épousé Catherine VAUTIER, et George dont nous ignorons aujourd'hui qui fut sa femme.

En outre, nous savons que Jean BOURGOGNE et Anne CURIE eurent trois enfants : Joseph BOURGOGNE, né en 1709; Pierre BOURGOGNE, né en 1717 et Jean-Abraham BOURGOGNE, né en 1713.

Revenons à Henry CURIE, mon ancêtre. Né à Montbéliard, il semble y avoir résidé avec ses parents Jean CURIE (3ème du nom) et Suzanne COLIN, environ vingt huit ans, de sa naissance en 1665 à son mariage vers 1693, date à partir de laquelle il aurait résidé à Etupes. Quelles auraient été ses occupations et son métier à Montbéliard, avant son mariage ? A-t-il, lui aussi, participé à la gestion de la tannerie familiale ? Le dénombrement d'Etudes de 1713 indique du' "Honorable Henry CURIE", alors âgé de quarante huit ans, et époux de Catherine BOURGOGNE, elle aussi âgée de quarante huit ans, était "recteur d'Ecole au dit Etupes". Ils ont alors quatre garçons, âgés respectivement de dix sept, quinze, douze et sept ans; et deux filles de dix neuf et quatre ans.Il y est précisé qu' "ils ont semé six quartes de boige hastif, ils sèmeront douze quartes de froment et sept de boige de Carême; après avoir semé, il ne leur restera point de graine que elledu gage de maître d'école; ils ont deux boeufs de charrue, une cavalle, deux vaches, une génisse et deux veaux; il leur faudrait deux quartes et demie par semaine..."

Nous savons aussi qu'Henry CURIE était bonnetier et tailleur d'habits, et bourgeois de Montbéliard, ainsi que membre de la municipalité d'Etupes (ayant signé et peut-être aussi rédigé les "Règles de la Communauté d'Etupes en 1728).

Henry CURIE et Catherine BOURGOGNE ont donc vécu entre 1655 et 1733, c'est-à-dire pendant les quatre dernières années du règne du duc GEORGE II de Montbéliard, sous le règne du duc Léopold-Eberhard (1669-1723) et pendant quelques années du règne d'Eberhard-Louis (1723-1793), lequel n'a pas résidé à Montbéliard. Ainsi, la majeure partie de l'existence d'Henry CURIE s'est passée sous le règne du ducLéopold-Eberhard, prince particulièrement décrié à cause de ses histoires de maîtresses (des CURIE, en particulier...), dont il eut quelques vingt trois bâtards qu'il ne parvint jamais à faire légitimer. Prince dépensier et cupide, il n'hésita pas à promulguer une loi de "déshérence" qui dépossédait ses sujets, non seulement pour y installer des agriculteurs anabaptistes, expulsés d'Alsace de 1709 à 1713 par LOUIS XIV, mais aussi pour favoriser ses maîtresses. Il avait également dû faire face, à la fois à l'opposition intérieure d'une coalition de Bourgois du "Magistrat" et au danger extérieur.

En effet, pendant toute l'année 1700, de nouvelles incursions de troupes françaises de LOUIS XIV s'étaient produites dans le Comté. Des temples furent attribués au culte catholique (Saint-Maurice, Héricourt, Colombier-Fontaine, Voujaucourt, Antechaux, Saaint-Valbert). Par ailleurs, les relations étaient particulièrement mauvaises entre le duc Léopold-Eberhard et la bourgeoisie de Montébliard. En novembre 1705, celle-ci avait présenté un mémoire de griefs au duc qui l'avait rejété. Les trois Corps du "Magistrat" firent alors appel au Conseil de Régence qui s'informa et envoya deux de ses membres à Vienne auprès de l'Empereur pour le consulter. En 1706, Léopold-Eberhard sollicita auprès de Madame de MAINTENON, à l'insu de LOUIS XIV, l'appui de six régiments d'infanterie française pour exécuter le coup d'Etat qu'il méditait contre la Bourgeoisie. Un certain nombre de ces bourgeois, accusés de sédition, furent condamnés : Jacques BERDOT, tanneur; Jean FLAMAND, cordonnier; Jérémie FAILLARD, tailleur d'habits; Marc LIEVRE, tisserand; Marc-David PRONGEY, marchand; Jean-Frédéric RAYOT, tailleur d'habits; Adam MONIN, cordonnier.

Le 23 août 1706, Léopold-Eberhard établit une nouvelle Magistrature entièrement à sa dévotion; et le 30 décembre 1708, un traité amiable fut signé entre le duc et le bourgeoisie de Montbéliard qui mit fin à leurs démélés!

Toutefois, de plus en plus, la vie privée de Léopold-Eberhard excitait les murmures de ses sujets. En 1709, un nommé CARLIN fut condamné à avoir la langue fendue et au bannissement pour avoir dénigré publiquement le duc. En juin 1712, traversant vers dix heures du soir Audincourt pour se rendre au Château de Seloncourt où résidait sa maîtresse, Sébastienne CURIE, la voiture du duc essuya deux coups de feu !

Petite éclaircie dans le brouillard de ce règne : le 18 février 1709 naissait à Etupes Jean-Jacques DUVERNOY, fils du pasteur d'Etupes, Jean DUVERNOY, qui avait d'abord été pasteur au Ban-de-la-Roche de 1691 à 1694, et qu'il avait quitté "épuisé de fatigue". Un rapport d'inspection dit de lui, alors qu'il exerçait son ministère à Etupes : "Sa capacité et ses études sont en quelque sorte au-dessus de la médiocrité". Il eut cinq enfants : trois fils et deux filles. Le premier fut notaire à Montbéliard; le troisième fut "dans l'école du Recteur, déjà avancé, qui paraît être bon sujet pour l'étude".

Henry CURIE, alors maître d'école à Etupes, et Catherine BOURGOGNE, sa femme, avaient eu quelques mois auparavant une fille Anne-Catherine CURIE, née le 27 décembre 1708, et dont le parrain fut le frère de Jean-Jacques DUVERNOY : Pierre DUVERNOY .

Une autre famille CURIE (mais de quelle branche ?) s'illustra malencontreusement à cette époque, et fut liée au duc Léopold-Eberhard. Les Archives de Montbéliard de 1718 indiquent que la maison, située au 21 rue des Febvres à Montbéliard, datant de 1350, avait appartenu à "Jacques-Christophe CURIE, Conseiller de son Altesse Sérénissime Léopold Eberhard". Par ailleurs, une autre demeure de Montbéliard, située rue de la Citadelle, fut occupée au 19ème siècle par "le lieutenant COLIGNY, descendant des soeurs CURIE, baronnes de l'Espérance, ennoblies par Léopold-Eberhard".

Qui était cette famille CURIE, dite de "l'Espérance-Coligny" ?

A partir de 1674, LOUIS XIV qui occupait avec ses armées la Franche-Comté, faisait tout pour s'emparer du Comté de Montbéliard, lien indispensable entre ses possessions d'Alsace et celles de Franche-Comté. Le Prince GEORGE II de Montbéliard avait proclamé sa neutralité dans le conflit qui opposait LOUIS XIV aux Impériaux. En vain! Le 5 novembre 1676, l'armée française, sous le commandement du maréchal de Luxembourg, investit la ville de Motbéliard et la somma de se rendre. Ce qu'elle fit le 8 novembre. Elle n'avait, en effet, qu'une faible garnison, commandée par le capitaine Richard CURIE, dit "l'Espérance". Un peu auparavant, en avril 1675, la petite garnison d'Héricourt était commandée par le capitaine Jérémie CURIE.

Richard CURIE était-il parent de Jérémie CURIE ?Mais qui était-il lui-même ? Nous savons seulement qu'avant d'être soldat et officier, il avait été tailleur, et qu'il avait épousé Anne GERVAISOT, fille d'un boucher de Toul. Nous ignorons également quelle était son ascendance, et s'il existait une parenté avec notre lignée familiale !

Par contre, nous savons que Richard CURIE et Anne GERVAISOT eurent cinq enfants: un garçon (Jean-Gaspard CURIE) et quatre filles : Sébastienne, Henriette-Edwige, Polixène et Elisabeth-Charlotte. Toutes quatre furent les maîtresses du prince Léopold-Eberhard de Montbéliard. A la demande et aux frais du Prince, ces cinq enfants de Richard CURIE furent élevés par l'Empmereur Léopold Ier, baron et baronnes du Saint-Empire, sous le nom de "l'Espérance". De plus, le prince Léopold-Eberhard étant lui-même par sa mère, Anne de COLIGNY, un descendant de l'Amiral de COLIGNY (Anne de COLIGNY était son arrière-petite-fille), les quatre soeurs CURIE reçurent en outre le titre de baronnes de l'ESPERANCE-COLIGNY, titre qui fut confirmé par LOUIS XV. Ainsi s'explique le nom de ce lieutenant de COLIGNY, descendant des soeurs CURIE, lequel habita au 19ème siècle, cette demeure de la rue de la Citadelle à Montbéliard.

L'histoire des soeurs CURIE, baronnes de l'Espérance et du prince Léopold-Eberhar fut particulièrement complexe et tumultueuse. Dans le même temps, d'ailleurs, Léopold-Eberhard eut pour maîtresse la fille d'un boulanger de Miegnitz (en Silésie), Anne-Sabine HEDWIGER .

De ses maîtresses CURIE de l'Espérance-Coligny et HEDWIGER-SPONEK, le prince Léopold-Eberhard eut de nombreux enfants naturels qu'il chercha vainement à faire légitimer pour lui succéder. En particulier, d'Henriette-Edwige CURIE de l'Espérance-Coligny, il eut une fille Eléonore-Charlotte, Comtesse de Coligny, qui épousa George-Léopold de SPONEK, lui-même fils d'Anne-Sabine HEDWIGER-SPONEK et de Léopold-Eberhard : son demi-frère !...George-Léopold, comte de SPONEK fut désigné par Léopold-Eberhard comme prince héréditaire de Montbéliard; mais la famille l'ESPERANCE-COLIGNY ne put jamais prétendre à cette succession! ....

A Etupes, Henry CURIE eut certainement connaissance de ces péripéties. Il serait cocasse de savoir s'il fut directement lié à ces CURIE, proches du pouvoir de l'époque : le Comté de Motbéliard n'était-il pas "le pays des cousins" ? - et ce qu'Henry CURIE, mon ancêtre, a pu en penser ? D'autant que ce "Bourgeois de Montbéliard" qui exerçait en 1728 des responsabilités municipales à Etupes, dut, d'une manière ou d'une autre, avoir son mot à dire dans la vie sociale de son village.

Le duc Léopold-Eberhard mourut le 25 mars 1723, à cinquante trois ans, d'une attaque d'apoplexie.

lundi, juin 26, 2006

L'EGLISE ET L'ETAT A GENEVE AU TEMPS DE CALVIN

Avant l'arrivée de Calvin.

Politiquement et religieusement, Genève fut au XVème siècle et jusqu'en 1526, dépendante des princes de Savoie; c'est-à-dire sous l'influence du catholicisme romain. L'Evêque était le souverain de la cité. En 1526, par l'établissement de la combourgeoisie des trois cantons suisses de Genève, Fribourg et Berne, Genève obtenait l'indépendance par rapport aux princes de Savoie.. La Cité était alors gouvernée par le Conseil des Deux Cents, et jusqu'en 1535, elle subit très fortement l'influence bernoise. Par la suite, cette influence fut, même, une des raisons de Conflits entre Calvin et l'Etat genevois.

A la révolution politique devait bientôt succéder la révolution religieuse. En juillet et août 1535, avec l'appui de Guillaume Farel, les églises furent prises par les Evangéliques. Le 10 août 1535, la messe fut interdite; le Conseil des Deux Cents fit détruire les images et sécularisa les biens du clergé. L'autorité de l'Etat se substitua à celle des anciens pouvoirs ecclésiastiques.

Le 21 mai 1536, le Conseil Général de Genêve décidé de vivre "sous la loi évangélique", qui devenait loi fondamentale de l'Etat (Constitution, dirions-nous en langage moderne). L'interprète en était le Conseil Général. Selon cette loi, la fréquentation du sermon était obligatoire sous peine de bannissement; les adultères et les débauchés étaient également punis. Le domaine religieux et l'ordre moral étaient ainsi entre les mains de l'Etat. Genève passait en quelques années de la théocratie romaine à la césaropapie protestante, de la toute-puissance de l'Evêque à la toute puissance de l'Etat. Telle était la situation de la Cité de Genève lorsque Guillaume Farel pria fortement Calvin, de mpassage à Genève en 1536 (et qui n'avait l'intention d'y séjourner qu'une nuit) de demeurer auprès de lui.

Calvin et l'Etat de Genève.

La présence du Réformateur dans la Cité suisse allait transformer les rapports entre l'Eglise et l'Etat. La forme de ces rapports dépendit souvent de la personnalité des magistrats élus dans les Conseils. Aussi, est-il utile de préciser en particulier l'influence des divers "partis" politiques sur la Réforme genevoise. En effet, selon que le parti prépondérant au gouvernement était favorable ou hostile à Calvin et au Consistoire, différents furent les rapports entre l'Eglise et l'Etat.

-- Quelle fut l'influence des partis politiques dans la Réforme de Genène ? Remarquons d'abord qu'à cette époque le "parti" n'avait pas la rigidité des partis politiques contemporains. Ils n'avaient ni doctrine ni discipline fixes. C'était plus une tendance qu'une doctrine qui regroupait un certain nombre de personnalités. D'autre part, par l'existence de ces "partis" (et même par les influences extérieures à Genève, bernoise, en particulier) , la Réformation ne fut jamais mise en cause à Genève. Les Anabaptistes eux-mêmes et les diverses tendances hétérodoxes ne menacèrent jamais le principe fondamenal de la Réforme.

-- Le parti de l'indépendance. Ce fut celui des patriotes, dont le chef fut d'abord Besançon Hugues (1527). Il lutta pour l'indépendance à l'égard du parti savoyard (le parti catholique). Il était composé par les Bourgeois de Genève, et il rechercha l'alliance des Ligues suisses : ce qui permit la révolution politique et l'établissement de la Combourgeoisie de Genèe-Fribourg-Berne. Dès 1527, ce parti prit la direction du gouvernement genevois. Il créa le Conseil des Deux Cents à côté du Petit Conseil. Il se tourna de plus en plus du côté de Berne qui, à son tour, nourrissait l'espoir de substituer son protectorat sur Genève à celui de l'Evêque. Sous l'égide de ce parti (d'abord de l'indépendance à l'égard de la Maison de Savoie) , Genève entra dans les voies de la Réforme, grâce à l'appui de Berne qui avait déjà adopté la Réforme.

Dès 1534, le parti de l'indépendance et le parti évangélique fusionnèrent. Du 23 juillet au 8 août 1535, il devint un véritable parti révolutionnaire, dont le chef fut Guillaume Farel. En effet, tandis que le Conseil de l'époque hésitait, les "Evangéliques" s'emparèrent successivement de la Madeleine, de Saint-Gervais, de l'Eglise des dominicains et de la cathédrale Saint-Pierre. Le 10 août, le Conseil décréta l'interruption de la messe et la sécularisation des biens du clergé. La révolution religieuse fut donc en même temps une révolution politique. Elle entraîna, en effet, la fin de l'hégémonie de l'Evêque et celle du parti savoyard. Après avoir choisi entre Berne et Fribourg, cette révolution gagna Genève. La Réformation est née alors d'un besoin d'affranchissement politique.

Le nouveau régime fut un régime de pleine césaropapie. Il donnera naissance au parti de Jean-Philippe, qui fut le prolongement du parti de l'indépendance et de l'autorité absolue de l'Etat.Une fois la Réforme établie à Genève, le nouveau problème fut le suivant : qui interprètera et appliquera la loi nouvelle, "la loi évangélique". Autour de cette question naquirent deux nouveaux partis : le nouveau parti de l'indépendance (cette fois, à l'égard de l'Eglise nouvelle, dirigée par Calvin et Farel): le "parti des artichauds", qui fut celui des patriotes ("artichauds" = ceux qui avaient signé à Berne des ARTICULI) - et le "parti des Guillermins", appuyait Calvin et sur lequel Calvin s'appuyait.

-- Le parti de Jean-Philippe, dit parti des Artichauds. Ce fut la parti césaropapiste et bernophile, qui représenait la tendance allemande de la Réformation<; Il comptait parmi ses chefs, des hommes de bien, dont le mot d'ordre était : "personne ne dominera sur ma conscience". Ils furent des patriotes ombrageux aux tendances autoritaires qui, en réaction à la domination de l'Evêque, voulaient la suprématie absolue de l'Etat. Aux élections de février 1538, ce parti obtint la magistrature des Quatre Syndics. Ils n'étaient pas hostiles à la Réformation, mais souhaitaient des mesures disciplinaires instituant un gouvernement spirituel de l'Eglise. Au nouveau gouvernement, ce parti provoque, sous l'impulsion des plus violents et sous l'influence de Berne, le départ de Calvin et de Farel. Entre 1538 et 1539, le gouvernement de Genève fut ainsi sous l'autorité du parti des "Artichauds". Le 10 juin 1540 vit la fin fin de ce parti après l'exécution de son chef Jean-Philippe, condamné à mort comme meurtrier et séditieux.

-- Le parti des Guillermins (partisans de Guillaume Farel). Il appuya les Réformateurs, parti de la Réforme française; mais pour les "patriotes" genevois, il fut le "parti de l'étranger". Il fut porté au pouvoir pour la première fois le 5 février 1537, par l'élection des Quatre Syndics favorables à Calvin. Sous ce gouvernement, les deux pouvoirs (civil et ecclésiastique) se trouvèrent en harmonie. Mais l'année suivante, ce parti connut un échec; les quatre nouveaux syndics furent du parti opposé. Sous le régime des "Guillermins", la "Confession de foi jurée" devint la loi d'Etat. Après une éclipse de trois ans, le parti des Guillermins reprit le pouvoir. Calvin fut rappelé à Genève, après un exil de deux année Strasbourg. Au cours de la période de 1540 à 1545 (sauf quelques rares frictions sur des questions secondaires), les principes calviniens des rapport entre l'Eglise et l'Etat furent appliqués, dans lesquels l'Etat est "aide nécessaire de l'Eglise" et où l'Eglise maintient l'autorité de la Parole de Dieu dans la doctrine et dans les moeurs. Pendant cette période, l'Eglise de Genève fut organisée en pouvoir spirituel distinct du pouvoir politique. Calvin fit promulguer en 1541 les "Ordonnances ecclésiastiques" qui devaient "réduire en bonne forme le gouvernement spirituel tel que notre Seigneur l'a démontré et institué en sa parole". "L'Eglise - écrit M.Choisy - fondée sur l'autorité de la Parole de Dieu est armée d'une règle disciplinaire, elle exerce un gouvernement spirituel, elle travaille et veille au maintien de la pure doctrine, à l'instruction de la jeunesse en vue de l'avenir, et au soulagement des pauvres".

Les "Ordonnances" reconnaissent la suprématie du Conseil sur les ministres en tant que fonctionnaires publics. Elles affirment l'indépendance absolue des deux pouvoirs. "Dès lors, le système théocratique en vigueur à Genève n'est plus césaropapiste, c'est un système où l'indépendance de l'Eglise est sauvegardée, en un mot c'est le système théocratique de Calvin" (Choisy).

Pendant cette période de 1540 à 1545, le "Consistoire" est définitivement organisé. Son rôle est de "reprendre d'après la Parole de Dieu", de poursuivre les opinions doctrinales erronées, de veiller à la fréquentation régulière des services religieux, d'admonester les délinquants (joueurs, débauchés, querelleurs, etc..), de réconcilier les familles divisées. C'est à lui aussi que revient de le "droit d'excommnication". Le "Magistrat" est une "aide nécessaire" du "Consistoire" pour prêter main forte en cas d'opiniatreté des délinquants.

En outre, le "serment des pasteurs" est établi le 10 juIllet 1542. Il souligne le respect dû aux représentants du pouvoir politique et la liberté du "ministre" d'enseigner selon le commandment de Dieu. Les pasteurs doivent donc obéissance aux magistrats dans le domaine civil, mais ils sont indépendants dans le domaine spirituel. La difficulté réside, précisément, dans les limites de cette liberté. Selon Calvin, "le pouvoir politique doit organiser l'Eglise d'après les directions que lui donnent les ministres, selon la Parole de Dieu dont ils sont les interprètes" (Choisy).

-- Les "Ordonnances sur le régime du peuple" sont aussi édictées pendant cette période, par le "Conseil", sous l'inspiration de Calvin et de Michel Roset. Elles affirment la légitimité du "Magistrat", le maintien de l'honneur de Dieu et l'indifférence de la forme de gouvernement.
Quelques résistances, provoquées par le fonctionnement spirituel de l'Eglise (affaire Castellion) amenèrent une unité renforcée du programme calvinien : obligation de l'assistance au culte strictement appliquée; avis de Calvin au Conseil en matière civile (prêt à intérêt, organisation de l'hôpital); invocation divine aux élections.

De 1545 à 1553, Guillermins et Calvinistes connurent un recul avec la réapparition du parti anti-disciplinaire de Ami Perrin. Mais à partir des élections de février 1555 où Qautre Syndics favorables aux calvinistes furent au pouvoir, la conception calvinienne des rapports entre l'Eglise et l'Etat triompha de nouveau, surtout à partir du 16 mai 1555, date de la répression de l'agitation perriniste et de l'exécution d'Ami Perrin. Genève devint dès lors le centre international de la Réforme. Des réfugiés français y affluèrent. Ce fut aussi la création de l'"Universite".

L'Eglise et l'Etat sont unis intimément, mais distincts, utilisant des moyens différents: ce sont deux pouvoirs coordonnés, agissant sur une société unique au service d'une autorité unique : Dieu! L'Eglise enseigne, éduque; elle est conseillère et censeur. L'Etat veille sur la disicpline, sur l'ordre extérieur. Il est le surveillant et le pacificateur.

-- Le parti des Perinnistes. Il ne forme pas vraiment un quatrième parti, mais plutôt une forme nouvelle du parti des "Artichauds" ou des anti-disciplinaires. Son influence couvrit la période de 1546 à 1555 environ. La question de la discipline fut pendant toute cette période ce qui opposa le plus fortement Calvin et le Consistoire au Gouvernement: en particulier le "droit d'excommunication". Ami Perrin fut l'un des plus zèlés instigateurs de la Réforme à Genève. Mais au cours du procès d'Ameaux, il avait dansé en compagnie de sa femme, fille de l'ancien conseiller François Favre. Calvin estimant que la discipline était aussi valable pour les grands que pour le commun peuple, fit emprisonner Ami Perrin pendant trois jours. Celui-ci récidiva, et il donna son appui au parti anti-disciplinaire et rompit avec le Réformateur.

Les élections de février 1547 furent défavorables à Calvin, et les sujets de friction allaient se succéder. Cependant, la question de l'excommunication, son développement et son dénouement mérite attention. Elle fut posée de manière précise dès 1547 à propos du renvoi au Consistoire des condamnés civils. Les amis de Favre soutenaient une thèse essentiellement juridique, affirmant que les édits ne mentionnaient pas le cas explicitement. Le "Conseil" décida, cependant, la libération des coupables repentants après l'accomplissement de leur peine. Seuls, les rebelles seraient renvoyés au Consistoire. Par contre, le "Consistoire" voulait que les oupables soient admonstés ou excommuniés sans passer par le pouvoir civil. Calvin menaça de quitter Genève une seconde fois. Pour éviter une nouvelle rupture, le "Conseil" établit un compromis : il maintint son arrêté mais renvoya Favre au Consistoire.

En février 1553, les Perrinistes triomphèrent aux élections. Perrin fut élu Premier Syn dic et Capitaine Général. La question du droit à l'excommunication fut à nouveau posée à propos de l'affaire Berthelier. Le 1er septembre 1553, le Conseil autorisait Berthelier à participer à la sainte-cène; mais le lendemain, Calvin fit savoir au Conseil qu'ikl refusait. Le 3 septembre, il déclarait en chaire, à l'issue de la prédication :" Et maintenant, si quelqu'un se voulait ingérer à ceste sainte table à qui il serait défendu au Consistoire, il est certain que je me montrerai pour ma vie tel que je dois". Le 7 novembre 1553, le Conseil des Deux Cents réuni, décidait que les coupables ne seraient pas renvoyés une seconde fois au Consistoire; il interdisait aussi au Consistoire de refuser la sainte-cène sans l'avis du Conseil. Cette fois encore, le Consistoire ne voulut pas se soumettre à cet arrêté. L'avis des autres Eglises suisses fut alors sollicité. Sans vouloir contredire Calvin, elles se montrèrent implicitement favorables aux droits du pouvoir politique. De nouveau, le Conseil temporisa; le 2 février 1554, il offrit un dîner où Calvin, Perrin et Berthelier devaient se réconcilier.
Ce rapide aperçu de la question de l'excommunication montre qu'elle fut une des causes essentielles de la lutte des deux pouvoirs à Genève; et jusqu'à l'écrasement des Perrinistes le 16 mai 1555 et la victoire définitive des Calvinistes, elle ne fut résoule que par des compromis.

Il importe de relever un autre fait important: c'est au cours de la période perriniste qu'eurent lieu d'importants procès: ceux de Trollet, de Gruet et surtout de Michel Servet. Lors du procès de Servet, les Perrinistes qui avaient, sans doute, secrètement espéré faire échec à Calvin en comptant sur l'appui des autres Eglises suisses, n'osèrent pas, devant l'approbation de celles-ci à une condamnation éventuelle de Servet,sauver l'hérétique, dont le caractère d'hérésie était trop évident.

En février 1555, quatre syndics calvinistes furent élus. Les Perrinistes tentèrent de reconquérir le pouvoir pat la violence. Cependqant, après l'émeute du 16 ami, fomentée par les Perrinistes, une information judiciaire fut ouverte contre les agitateurs, et Ami Perrin et ses amis furent exécutés. C'était la fin du Perrinisme et la victoire des Calvinistes qui, désormais, restèrent seuls au pouvoir.Ce fut alors, la période de l'union des deux pouvoirs, civil et religieux.

Calvin a donc reconnu la validité des pouvoirs constitués, même quand ceux-ci l'ont obligé à s'exiler de la Cité. Toutefois, l'existence de l'Eglise est distincte de celle de l'Etat. Ce fut à cette fin que fut créé le "Consistoire". Mais l'Eglise demeure unie à l'Etat qui protège la religion et la saine doctrine. Il intervient dans les divers procès d'hérétiques.

Ainsi, quelles que furent les imperfections, parfois les scandales, de la vie poligtico-religieuse de Genève, la forme du gouvernement connut un très sensible progrès sur les autres formes contemporaines de l'Etat. Ce n'est pas un abus de langage quand Calvin, parlant du régime de Genève, le déclara un "régime de liberté". C'est, affirmait-il, "un don singulier qu'une telle liberté" ! (Op.Calv.XXVII,410)

Pierre Curie (Extraits d'un Mémoire présené en 1949 à la Faculté de théologie protestante de Paris : "Les rapports entre l'Eglise et l'Etat chez Calvin)